Petit travail sur le recadrage

Travail au choix : le recadrage

Avant que vous ne puissiez lire ces mots, il a fallu qu’un auteur les écrive, et avant de commencer à les écrire, cette page était vierge. Sachez que c’est cette page blanche qui a ‘choisi’ pour moi un sujet qui me ressemble. Lorsqu’une petite voix m’a dit « hé ho, j’ai plein d’idées et de choses géniales à faire maintenant plutôt que de remplir une page blanche». Ainsi donc, une partie de moi a commencé un travail, pendant qu’une autre aurait volontiers fait autre chose.

La Programmation Neurolinguistique (PNL) peut aider une personne à choisir entre deux situations comme celles juste décrites ci-avant, elle propose par exemple pour ce cas un outil nommé le recadrage en six points. Admettons qu’une personne souhaite faire quelque chose qui lui parait difficile, voire insurmontable, un recadrage de processus nommé le recadrage en six points est une solution adaptée.
1. C’est quoi le recadrage?

Le recadrage est un domaine de la PNL. Comment d’abord définir la Programmation Neurolinguistique ? La PNL accepte plusieurs descriptions, j’apprécie particulièrement celle que la formatrice Olga Bello Marques nous a donné dans un cours en 2016: « La PNL s’appuie sur des présupposés, le principe est d’établir un lien par le VAKOG (les modalités Visuelles, Auditives, Kinesthésiques, Olfactives et Gustatives), de saisir une demande en s’appuyant sur le langage afin de déterminer un objectif (nous verrons plus loin ce qu’est un objectif au sens de la PNL car c’est utile pour le recadrage). Puis on mobilise les ressources de la personne pour lancer les processus qui mène au résultat. » Cette définition est utile car le protocole de recadrage en 6 points s’appuie exactement sur cette description. Il faut aussi noter que la PNL est née de façon empirique, John Grinder et Richard Bandler sont reconnus comme les fondateurs de la PNL ; ils mettent en avant l’idée que la PNL est le résultat d’une observation très fine et de modélisation de comportements qui existaient déjà avant la PNL.

Le recadrage peut-être défini comme « la reconsidération d’une situation selon un point de vue différent de celui adopté initialement » (Le nouveau Dico-PNL, Jane Turner, Bernard Hévin, 2006).

La PNL propose plusieurs types de recadrage en fonction des situations. Si le recadrage en six points fonctionne parfaitement avec un sujet dont on ne connait rien, il peut arriver qu’on connaisse le sujet et la situation qu’il vit. Dans ce cas, il existe aussi le recadrage de contenu (le nom explique qu’il faut connaitre le contenu), on l’appelle aussi un recadrage de contexte.

Quand je parle de recadrage de contenu, il est arrivé que des personnes me répondent qu’il existe aussi un recadrage de sens. En effet, en changeant le sens qu’une personne attribue à une expérience, on peut changer sa perception de cette expérience. Nous verrons plus loin quel type de recadrage est adéquat à l’aide d’exemples. Pour résumer, notons qu’on retient 3 principaux types de recadrages en PNL :
– Le recadrage de sens offre un sens nouveau à une expérience.
– Le recadrage de contexte invite à changer le contenu d’une expérience grâce à un contexte différent.
– Le recadrage en six points est considéré comme un recadrage de Processus.
Selon les sources, il existe d’autres types de recadrage, je les décris brièvement dans un prochain chapitre.

Je suis friand du pré-cadrage (et du post-cadrage) et j’aime le voir comme une forme recadrage. Cependant, il n’entre pas dans la définition du recadrage. En effet, un pré-cadrage n’apporte pas nécessairement un point de vue différent sur une situation. Malgré tout, il est très utile pour gagner du temps, éviter les objections, ou même parfois orienter l’auditoire dans la direction qu’on souhaite le voir prendre. Et comme un exemple vaut parfois mieux qu’une définition, souvenez-vous simplement que la lecture de ce qui suit contribuera à vous faire découvrir un domaine passionnant de la PNL, ou si vous le connaissez déjà, contribuera à le parfaire.

  1. Les principes de recadrage

2.1 Le recadrage de sens

La PNL a parfois quelque chose de magique. Il y a quelques jours, lors d’une formation à Namur où l’on apprenait à différencier les faits des jugements, j’ai tenté un recadrage de sens. Aline est une dame dans la quarantaine (l’âge, pas l’endroit où on range les virus) toujours très propre sur elle et tirée à quatre épingles. Elle cherchait des exemples de faits qui contredisent le jugement selon lequel elle serait « inabordable ».
Elle m’annonce donc qu’elle est inabordable et s’attend à ce que j’énonce un fait qui contredise cela. Au lieu de jouer ‘le jeu des jugements et des faits’, j’ai choisi de jouer ‘le jeu du recadrage’.
– « Ah bon, tu es trop chère ? » lui répondis-je.
Elle éclata de rire. Puis elle me dit,
– « non, on me dit souvent qu’on n’ose pas me parler car j’ai l’air inabordable»,
je réfléchis un instant à un recadrage de sens.
– « Tu as de la chance de savoir ainsi te protéger » lui dis-je.
Elle est restée muette la bouche ouverte pendant un petit temps avant d’éclater de joie.

Si l’exemple ci-dessus provoque ma fierté, il n’en faut pas moins se souvenir qu’il s’agissait ici uniquement d’un jeu, dans le cadre de mon apprentissage. En effet, le recadrage de sens doit se faire dans un but thérapeutique, c’est-à-dire pour aider une personne en souffrance. Et surtout, idéalement le rôle du PNListe n’est pas de proposer directement un recadrage mais plutôt d’inviter la personne à trouver elle-même son propre recadrage de sens. Pour ce faire, l’art est de poser les bonnes questions comme par exemple « quelle autre signification cela pourrait-il avoir ? ».

2.2 Le recadrage de contenu ou de contexte

Il en va de même pour le recadrage de contexte, l’art du PNListe est de poser les bonnes questions. Pour un recadrage de contexte, j’ai eu Jean-Charles Ribue comme professeur, et il avait de très bonnes questions, du style « Vous me dites que votre fille est têtue, elle ne s’en laisse pas compter, et en même temps, dans certaines circonstances, ça doit être un avantage, non ? », « Dans quelle situation pensez-vous que ça puisse être vu comme une qualité ? », etc…

Bizarrement, j’ai observé autour de moi que les gens à qui on demande de faire des exercices de recadrage, trouvent plus facilement des exemples de recadrage de contexte que de recadrage de sens. Il est donc d’autant plus important dans un cadre thérapeutique de laisser le sujet trouver lui-même le contexte dans lequel une situation prend un meilleur éclairage.

2.3 Le recadrage en six points

Le recadrage en six points est si puissant que les fondateurs de la PNL écrivent « vous pouvez vous arranger pour que n’importe quelle difficulté rentre dans le cadre du modèle du recadrage en six points » (ReFraming, Richard Bandler and John Grinder , 1982). En effet, si une personne décrit une difficulté, on peut souvent faire ‘comme si’ la difficulté venait d’un conflit entre plusieurs parties. De là, commence la négociation entre parties.

Le recadrage en six points s’inclut dans la définition du recadrage en tant que recadrage de processus. Cependant, il est très diffèrent des deux précédents car il demande de suivre plusieurs étapes et fait appel à d’autres domaines de la PNL. Par exemple, John Grinder parle de conflits entre plusieurs parties, cela impose tout une chaine de connaissances : savoir identifier une partie, faire négocier des parties, et même parfois créer une partie. C’est pourquoi dans ce paragraphe, je vais rapidement évoquer les étapes, mais aussi expliquer les interactions de ce processus avec les autres éléments de la PNL.

Le protocole est le suivant :
1. Identifier le comportement à modifier.
2. Rentrer en contact avec la partie responsable du comportement.
3. Identifier l’intention positive de cette partie.
4. Trouver d’autres comportements remplissant la même intention.
5. Négocier avec la partie responsable des changements de comportement.
6. Vérifier l’écologie.

  1. Identifier le comportement à modifier. En choisissant un comportement à modifier, le sujet peut appliquer un méta-programme « s’éloigner de » (ex: Je veux arrêter le tabac) ou bien « aller vers » (ex: Je veux vivre en meilleure santé). Dans le premier cas, on ne connait donc pas vraiment l’état désiré de la personne, et c’est un point de départ suffisant. Si la personne dit « Je veux arrêter le tabac » dans un premier temps, et dans le cas du recadrage en six point, John Grinder écrit que cela peut suffire pour passer à l’étape 2 (dans certains autres protocoles PNL, il est plus efficace de définir précisément l’état désiré).

  2. Rentrer en contact avec la partie responsable du comportement. C’est ici que le savoir-faire acquis en PNL rentre en jeu : reconnaitre les modalités dominantes dans l’expérience, aider le sujet à s’associer à la partie.

  3. Identifier l’intention positive de cette partie. La question à poser est par exemple « demandez à cette partie si elle veut bien vous dire ce qu’elle fait pour vous en adoptant ce comportement ». Si la réponse est « non, cette partie ne veux rien me dire », alors on garde évidement le présupposé de l’intention positive, et on considère alors un recadrage inconscient, et si le sujet apparait associé à son expérience, un ancrage permettra de retrouver plus facilement cette partie et son intention positive par la suite. Un jour, lors d’une séance, une dame a répondu « la partie me dit qu’elle ne sait plus pourquoi elle fait ça ». C’est une excellente réponse, car c’est une forme d’auto-recadrage, le sujet réalise que cette partie lui est devenue inutile.

  4. Trouver d’autres comportements remplissant la même intention. C’est bien entendu au sujet de trouver ces comportements et cela peut prendre du temps. L’idée de base du recadrage de processus est que diverses parties génèrent des comportements qui peuvent se contredire. Mais il arrive aussi que le sujet ne parvienne pas à son objectif car il n’a aucune partie organisée pour ce comportement. John Grinder préconise alors la création de partie. S’il propose tout un protocole dédié à la création de parties, cela reste empirique, John Grinder remarque au passage que l’Analyse transactionnelle crée aussi des parties (enfant, parent, adulte), et qu’il en va de même pour la Gestalt (dominant, dominé) ou la psychosynthèse (personnages célèbres) « En y réfléchissant, je me suis rendu compte que c’est ce que fait l’analyse transactionnelle. Elle utilise une procédure assez lourde pour créer trois paries » (ReFraming, Richard Bandler and John Grinder , 1982).
    Dernière précision : en exercice on tente de trouver 3 comportements, ou plus.

  5. Négocier avec la partie responsable des changements de comportement. La question à poser est « demandez à la partie si elle est prête à accepter les trois alternatives que vous avez identifiées ». Ici, si la réponse est « non », alors il faut repartir à l’étape 2. Si la réponse est « oui » une technique de PNL à appliquer ici, est un pont vers le futur.

  6. Vérifier de l’écologie. Il s’agit de prendre le temps nécessaire pour vérifier avec le sujet que l’état désiré ne subisse aucune objection. Une difficulté supplémentaire peut aussi se produire lorsque l’écologie peut sembler être vérifiée mais se révèle être un faux positif. C’est le cas si le sujet est dans un état trop dissocié, cela arrive dans les addictions, par exemple. Avec une drogue puissante telle que l’héroïne, il n’est pas toujours possible pour le sujet de s’associer complètement aux états « sous héroïne » ou « en sérieux manque » lors de l’exercice ; il faut donc passer par des étapes supplémentaires, utiliser l’induction hypnotique et des ancrages pour pouvoir retrouver cet état. A mon niveau actuel, je ne serai pas amené à gérer des cas aussi difficiles dans les mois à venir, et je le refuserai si le cas se présente trop tôt.

2.4 Les autres ‘recadrages’

On vient de détailler le recadrage en six points, c’est un recadrage de processus, il répond à la question « comment atteindre ce que je souhaite en m’y prenant autrement ? ». On a aussi vu plus haut les deux autres recadrages utilisés en PNL (de Sens, de Contexte), mais si vous entendez le mot recadrage dans d’autres circonstance, cela peut aussi signifier autre chose pour la personne qui l’évoque, voici quelques exemples:

On peut entendre parler de recadrage de stratégie, non pas dans les changements de stratégies que peut proposer la PNL, mais lorsqu’on relève certains abus de langage. Cela s’appelle une violation du méta-modèle linguistique. Par exemple, lorsque je dis « A force de rouler vite, tu finiras par avoir un accident », il s’agit ici d’une cause-effet abusif ou/et d’une équivalence complexe. Le recadrage de stratégie consiste simplement à le révéler, ici une réponse pourrait être « Estimes-tu que la probabilité de cet accident est de 100% ? ». Le recadrage de stratégie répond en effet à la définition du recadrage car il reconsidère la situation sous un autre point de vue. Ici, le fait de rouler vite n’est pas suffisant pour qu’un accident arrive à coup sûr. « Le recadrage de stratégie … c’est recadrer en quoi les critères définissent la valeur » (Le Master en PNL, Luc Rambaldi, 1998).

Selon le Coach français Laurent Caudron, il existe un recadrage de présupposition. Il s’agit bien ici de changer l’angle vécu d’une expérience, mais en levant un non-dit. A ma connaissance Les PNListe n’utilisent pas ce terme de recadrage de présupposition, et je pense en connaitre la raison : En PNL on ne ‘présuppose’ jamais, on engrange des informations, on n’utilise uniquement les informations données par le sujet, et si un ‘non-dit’ apparait dans la discussion alors on interroge le méta-modèle linguistique. Par exemple, si vous entendez quelqu’un dire « il est mort jeune, il n’avait que 5 ans… », un PNListe répondra peut-être « De qui parlez-vous ? ». Mais l’expérience d’un néophyte est très différente selon qu’il présuppose qu’il s’agit d’un enfant de ce que devient son expérience lorsque l’interlocuteur ajoute « … c’était Rex, mon Berger Allemand », (Quoi que, dans la région du Mittelgebirge un enfant peut aussi être un berger allemand…). Ceci serait un recadrage de présupposition apparemment utilisée en coaching.
En PNL on peut utiliser les non-dits volontairement, pour emmener le public dans une direction, puis révéler l’information non dite par un recadrage. C’est le cas par exemple des blagues qui consistent à induire une déduction puis à annoncer un élément qui contredit cette déduction: « j’ai une bonne nouvelle pour celui qui a perdu une liasse de billets de banques, on a retrouvé l’élastique qui entourait les billets ».

Enfin, en dehors de la PNL, J’ai lu le terme de « recadrage rappel du cadre », lorsqu’on … rappelle le cadre. Cette notion n’a pas de lien avec la PNL, en revanche cela nous rappelle qu’en PNL il faut bien se souvenir que selon la personne à qui on s’adresse, elle a possiblement sa propre idée de ce que représente le terme recadrage pour elle.

2.2. Que faire quand… ?

Le recadrage de sens peut être utilisé pour alléger une expérience mal vécue, par exemple cette dame qui voulait toujours que son tapis soit propre et ne supportait pas qu’on marche dessus ; son thérapeute lui a rappelé que lorsqu’on marche sur son tapis, c’est parce que ses petits-enfants lui rendent visite et qu’elle se sent moins seul.

Le recadrage de contexte peut être utilisé pour transformer un défaut en qualité. Au passage, j’ai souvent entendu des recadrages de contexte lors d’entretiens d’embauche. Lorsqu’on demande aux gens de citer leurs défauts, ils tentent de trouver une situation dans laquelle ce défaut peut-être perçu comme une qualité. Ils répondent rarement « j’ai du mal à me lever le matin, du coup j’apprécie le dimanche à sa juste valeur » (ce qui est déjà un recadrage de contexte) ; ils disent plutôt « on me dit un peu trop perfectionniste, j’aime qu’un texte soient écrit sans fautes d’orthographes », c’est un recadrage de contexte.
Dans le film « Oui, mais » (Yves Lavandier, 2001), l’acteur Gérard Jugnot rappelle que personne ne possède ‘la télécommande à changer les autres’, et pourtant c’est ce que réclament beaucoup de gens qui consultent des thérapeutes. C’est justement dans ce cadre que le recadrage de contexte est utile. Lorsqu’une personne se plaint du comportement d’autrui, la plupart du temps le comportement d’autrui est aussi une chance. Une multitude d’exemples peuvent convenir pour illustrer cette idée. Par exemple un homme se plaint « ma fille est trop têtue », une réponse possible est « vous aussi l’étiez à son âge, c’est même grâce à ça que vous avez gravi les échelons », c’est un recadrage de contexte : dans le contexte de la famille, c’est vu comme un défaut mais dans le contexte professionnel, c’est un atout. Ce qui est facile avec le recadrage de contexte, c’est que le contraire marche aussi. Si par exemple l’homme a la plainte opposée « ma fille est influençable, je suis inquiet pour ses fréquentations », une réponse possible est « rassurez-vous, pour le moment sa fréquentation principale, c’est vous !». Ici un défaut dans le contexte social devient un atout possible dans le contexte familial. Etc…

Selon Tony Robbins (Coach américain, né en 1960, passionné de PNL), « avoir une belle vie c’est un art, mais pouvoir accomplir ce qu’on a décidé est une science » (passage sur « The art of fulfilment and the science of achievement » dans le livre Unlimited Power, Antony Robbins, 1986). Si on accepte cette idée (qui est un recadrage de sens), elle peut booster le recadrage en six points dans les cas où le sujet souhaite accomplir quelque chose et n’y parvient pas. En effet si une personne a un objectif suffisamment puissant (au sens PNL, c.à.d. défini par la personne, en termes positifs, vérifiable par ses 5 sens, écologique pour cette personne, contextualisé, éventuellement passé au filtre des niveaux de Dilts, etc…), atteindre cet objectif serait (selon Tony Robbins) une simple science, c’est-à-dire qu’en respectant précisément les 6 étapes, et quitte à recommencer autant de fois que nécessaire, l’objectif est atteignable ! Et pour nous y aider, un des présupposés de la PNL stipule justement que la personne qui se fixe à elle-même un objectif qui répond aux critères d’un objectif PNL, a toutes les ressources nécessaires en elle pour y parvenir.
On est pas obligé d’adhérer à une représentation aussi manichéenne que celle qui consiste à définir l’accomplissement uniquement comme une science, mais cela montre quand même une circonstance pour laquelle le recadrage en six points est efficace, c’est par exemple lorsque quelqu’un vous demande, « je veux absolument parvenir à faire ceci, mais j’ai tout essayé et je n’y arrive pas ». Le recadrage en six points est percutant pour une personne qui est prête à changer un comportement et qui souhaite intensément aller vers un objectif (ou s’éloigner d’une situation).

2.3. Comment me vois-je utiliser ces outils ?…

Les paragraphes 3.1 et 3.2 de ce document donnent des exemples que j’ai appliqués lors de mon apprentissage sur mon terrain d’expérimentation. Dans la pratique je ne me vois utiliser le recadrage en six points que lorsqu’une personne me demande de l’aide pour accomplir quelque chose et qu’elle accepte que j’utilise ma casquette de praticien en PNL pour l’aider. N’étant pas dans un métier d’aide à la personne, je ne suis pas certain de l’utiliser très souvent. En revanche, les expériences positives que j’ai vécues récemment en effectuant des recadrages de contexte et de sens, m’encouragent à les utiliser, particulièrement dans mes activités de bénévolat.

2.3.1. Les niveaux logiques de Dilts
J’ai aussi fait l’exercice de la pyramide de Robert Dilts qui consiste à questionner l’environnement, les comportements, les capacités, les valeurs, l’identité, et la mission. Je ne vais pas détailler tous le processus ici. Néanmoins, si le recadrage est un domaine de la PNL qui m’attire, c’est parce qu’il est complet (il fait appel à plusieurs notions de PNL), j’ai plusieurs environnements où l’appliquer, suffisamment de connaissances et même un peu d’expérience pour le faire. Cela correspond chez moi à un désir d’aider, me définit et confirme par exemple mon rôle de bénévole à la Croix Rouge, et ça dit de moi que je suis quelqu’un qui veut prendre le temps d’être utile aux autres afin de mourir en paix le jour où ça viendra.

2.4 Les libertés et limites par rapport au recadrage.

La PNL offre un ensemble d’outils pour accompagner un changement chez une personne qui en fait la demande. Selon une règle de base de la PNL, je m’abstiens de projeter mes propres points de vue sur le sujet. Cela s’appelle partir d’une carte vierge (Présupposé PNL : la carte n’est pas le territoire). C’est un cadre que je me force à respecter lorsque je fais un recadrage.

Ne pas faire de recadrage négatif : si beaucoup d’idées, parfois de simples points de vue, peuvent-être perçus comme une forme de recadrage, à titre personnel je ne prendrai pas toutes les libertés vis-à-vis du recadrage. Particulièrement en ce qui concerne le recadrage de sens, je m’offre la liberté de positiver le regard des personnes que j’accompagne, jamais d’associer une signification négative. J’ai testé et appris pendant mon parcours d’apprentissage qu’utiliser une image négative n’est pas efficace. Je ne me prendrai donc pas pour Frank Farrelly (Psychologue américain 1931- 2013) qui a recadré un homme qui disait tromper sa femme sans que sa femme ne soit au courant. Il le recadra ainsi : « l’intensité de vos sentiments ne permet pas de tester ce qui fait partie de la réalité ».
Il existe un cas présenté par John Grinder à propos du suicide qui démontre que même face à un danger immédiat, il n’est pas nécessaire de donner une signification négative au danger : Quand Marie parlait de suicide, j’ai pensé que c’était formidable d’avoir quelque chose dans la vie pour lequel on est prêt à mourir. Donc il serait important de chercher la chose pour laquelle ça vaudrait vraiment le coup de donner sa vie, et de prendre le temps de le faire » (ReFraming, Richard Bandler and John Grinder , 1982)

La demande : Enfin une limite imposé par un minimum de déontologie, c’est que le recadrage se fait de façon bienveillante pour aider une personne qui a une demande. Comme la PNL n’est pas une théorie mais un apprentissage qui nécessite une pratique, il m’arrive pendant mon apprentissage de PNL de m’exercer à faire des recadrages sans en avoir eu la demande, mais je le fais avec bienveillance et dans l’objectif de m’améliorer en la matière (voir les exemples vécus a la fin de ce document).

  1. Annexe

3.1 Exemple vécu de recadrage de sens raté et de recadrage de contexte réussi : « oui, mais c’est quand même un match de foot »

Laissez-moi vous conter une histoire vraie qui montre que des non-PNListes peuvent parfois effectuer un recadrage qui va droit au but, qui fait mouche, qui sonne juste. J’ai voulu faire un recadrage récemment, immédiatement après un match de football très animé : des demandeurs d’asile en Belgique ont perdu le match 1-4 et ils montraient beaucoup de frustration et d’énervement, à la limite de la violence. Attentif à l’image qu’ils donnent d’eux-mêmes, j’ai tenté un recadrage, en disant à l’équipe « je vous rappelle que c’était un match amical !». J’espérais (naïvement) ainsi leur rappeler que l’important n’était pas de gagner mais de rencontrer une équipe, en l’occurrence une équipe de jeunes lycéens belges de la région de Namur. Mais voilà qu’un des joueurs me répond « oui, mais c’est quand même un match de foot ! », et tous l’ont évidemment approuvé. Je me suis senti comme l’arroseur arrosé, je me suis fait recadrer en beauté par un footballeur qui me rappelait, sans le nommer, que le principe d’un match de foot, c’est de marquer des buts pour remporter une victoire.

Heureusement, il me restait un recadrage de contexte dans la manche pour les remercier et les féliciter à propos de l’énergie et de la combativité qu’ils ont mis dans le match; « des qualités qui vous seront autant utiles dans votre parcours de migration que sur le terrain de football ». Ouf, l’incident fut évité de justesse !

3.2 Exemple vécu de recadrages de sens et de contexte à la fois « Pensez-vous que Bill Gates s’ennuie ? »

Un groupe d’élèves visitait le centre Croix Rouge de Belgrade, et j’ai surpris une discussion très intéressante dans un groupe. Je n’avais ni le besoin, ni le temps, ni l’accréditation, ni même une demande pour faire un protocole complet de recadrage en 6 points. Mais dans la mesure où je suis en apprentissage pour la certification en PNL, je m’autorise quand même à tenter des recadrages simples. Dans l’exemple qui suit, je ne suis pas certain d’avoir moi-même compris tout ce que je faisais, mais disons que je cherchais à effectuer un bon recadrage…

A vue de nez, je dirais qu’ils avaient 13 ans environs. X disait vouloir devenir riche, Y pensait que devenir riche était le but principal de la vie, mais qu’une fois atteint on risquait de s’ennuyer. X confirma qu’avec trop d’argent on n’avait plus aucun but intéressant à atteindre… J’aurai pu écouter sans intervenir, mais après tout Belgrade est mon terrain d’apprentissage (pour la gestion des conflits chez les jeunes), alors je me suis posé la question suivante : X et Y seraient-ils prêt à trouver des objectifs fabuleux, extrêmement motivants et qui n’ont aucun rapport avec l’argent ? Puis, pour aller plus loin, un objectif tout aussi merveilleux ‘malgré’ un trop plein d’argent ? (Dans ma carte du monde, la croyance limitante qui stipule qu’on s’ennuie avec trop d’argent s’estompe assez vite lorsqu’on est confronté à la difficulté de gagner sa vie, mais comme je dois partir d’une carte vierge, j’accepte donc leur croyance limitante ‘trop d’argent = ennui’ comme point de départ)…

Après avoir discuté un peu de ce qu’ils aiment dans la vie, du métier qu’ils se voient faire, etc… j’ai tenté d’interroger les parties (sans les nommer, ni même les identifier comme parties) : en quoi le fait de ne PAS atteindre un objectif est-il utile ? (C’est en effet dérivé de leur croyance de départ : que le but de la vie est de gagner de l’argent mais que si on l’atteint trop bien alors c’est game-over). J’ai dû reformuler un peu mais ils ont trouvé une série d’exemples, comme « quand le soir, tard, on joue à un jeu vidéo au lieu d’aller dormir, on préfère continuer à jouer plutôt que de gagner une partie car ça permet de jouer plus longtemps. » Puis, je leur ai demandé de sortir du contexte habituel et d’énoncer un rêve, le truc tellement génial et inimaginable que ça se révèle être du domaine du rêve plus que de la réalité. L’un me parlait des ‘youtubeurs’, j’ai cru comprendre que la célébrité l’attirait mais je n’ai pas pris le temps d’approfondir. Pour l’autre la possibilité de voyager dans le temps était le petit plus qui lui donnerait une vie géniale. J’avais collecté suffisamment d’informations pour comprendre leurs rêves, comprendre pourquoi l’argent était un but pour eux, comprendre aussi pourquoi ils pensaient qu’il ne fallait pas trop d’argent (dans leur cas c’est lié à une notion d’achèvement), rattacher ceci à quelque chose de réel, et tenter un recadrage. Je leur ai demandé de trouver quelqu’un de célèbre, une vraie personne, pas un personnage de jeux vidéo, qui est suffisamment riche pour ‘s’ennuyer’ (je conserve leurs termes dans les questions que je leur pose), et qui semble avoir une vie heureuse. Ils ont cité des champions de jeux ou des ‘youtubeurs’ que je ne connaissais pas. Alors je leur ai demandé « cherchez des gens moins jeunes, même si la vie éternelle n’existe pas encore il y a des vieux qui sont riches, heureux et encore pleins de projets, vous savez !». Ils ont alors cité Donald Trump. Evidement pour faire un bon recadrage, il faut pouvoir s’identifier à une idée ou personne, et Donald Trump ne leur correspondait pas. A la rigueur, j’aurai accepté Oncle Picsou plutôt que Donald. Alors je les ai guidés encore un peu plus, et finalement c’est X qui a trouvé l’idée de « Bill Gates » ! En effet, Bill Gates est ‘vieux’ (par rapport aux jeunes élèves avec qui je discutais), très riche, et il a comme projet passionnant de justement allonger la vie de certains puisqu’il vise l’éradication de la malaria/paludisme, rien que ça ! A partir de là, il suffisait de dérouler le fil, en leur posant les bonnes questions : Bill Gates est-il riche ? La fortune est-elle le but principal de Bill Gates? Si oui, pourquoi dépense-t-il l’essentiel de sa fortune en recherche médicale et œuvres de bienfaisance ? A-t-il des projets en ce moment ? Il a le projet d’éradiquer certaines maladies de la surface de la terre. Si jamais il y parvient, n’est-ce pas une porte ouverte vers une forme d’immortalité ? (question pour tenir compte de l’élève qui m’avait parlé de voyager dans le temps).

Une personne sensée et informée peut-elle penser que Bill Gates s’ennuie ? J’ai ici tenté un dernier recadrage, mais qui était plus une vérification. Est-ce qu’il existe une partie de vous qui ressemble à Bill Gates ? Si la réponse est « non » c’est que le recadrage n’a pas fonctionné, il faut en trouver un autre. Evidement ici leur réponse a été « oui ».

D’après moi l’ensemble de la discussion que j’ai eu avec ces jeunes est un recadrage. Recadrage de sens : leurs croyances initiales selon laquelle l’objectif principal de la vie est de gagner de l’argent ne tient plus la route, en effet Bill Gates est devenu riche alors que ces objectifs ont toujours été bien au-delà des questions matérielles. Recadrage de contexte : dans le contexte de la lutte contre les maladies et la pauvreté, il n’y a jamais trop d’argent. La croyance limitante selon laquelle trop d’argent = ennui, ne tient plus la route non plus puisqu’un homme très riche tel que Bill Gates a une vie bien remplie ‘malgré’ son argent.

3.3 Exemple de recadrage de sens célèbre. « Niel Bohr contre Albert Einstein »

Dans beaucoup de conflits d’idées, une méthode pour tenter de convaincre consiste à effectuer un recadrage de sens. Ainsi lorsqu’Albert Einstein interrompt Niel Bohr au milieu d’un congrès, s’exclamant « Dieu ne joue pas aux dés » (c’est un recadrage de sens) rejetant ainsi le côté probabiliste de la physique quantique, Niel Bohr lui répond du tac au tac la célèbre réplique « Qui êtes-vous Monsieur Einstein pour dire à Dieu ce qu’il doit faire ? » (Phrase restée célèbre lors d’un congrès vers 1930, je précise que si cette traduction est généralement celle reconnue, elle n’est qu’une interprétation de la phrase originale de Bohr «Sir Einstein, Stop telling God what to do with his dice. » qui signifie « Monsieur Einstein, Arrêtez de dire à Dieu ce qu’il doit faire avec ses dés »). Niel Bohr effectue ici un recadrage de sens, génial selon moi. En effet, il aurait été facile de simplement remettre en question le fait que Dieu ait un rapport avec le sujet : il aurait pu répondre « Pourquoi des équations quantiques devraient-elles absolument répondre à un destin divin ? » En effet, les religions ont empiété sur la science pendant des siècles, je suis personnellement tenté de ne jamais laisser la science à son tour empiéter sur le domaine des croyances religieuses, ni dans un sens déiste ni athéiste non plus. Mais Bohr fait beaucoup mieux, il prend la carte du monde d’Einstein, accepte sa croyance en Dieu et la recadre. En gros, il rappelle qu’on peut croire en Dieu sans nécessairement croire au déterminisme, et, grâce à ce recadrage choc, il évince une discussion philosophique chronophage.

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